Ce blog n’a pas vocation à commenter l’actualité, les faits de société. Tout au plus s’exerce-t-il à se promener d’expositions en concerts et parfois en interviews. Mais aujourd’hui peut-être faut-il faire une exception. Certes il y a plus grave, cette crise financière puisque le mot krach est devenu tabou. Mais gageons qu’il y aura une sortie, le monde mondialisé reposant dessus. Idée confirmée par les dires de Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’Economie) en ce 24 Janvier 2007 sur France Inter dans le 7/10, qui s’estime confiant quant à la reprise des marchés financiers (ou quelque chose dans cette idée). Oui ce qui nous concerne ici intéresse moins de monde et les effets en sont moins dramatiques il est bien vrai. Ce qui est moins visible est aussi plus susceptible de rester dans sa propre ombre.

L’Art et la Culture donc. Deux mots peut-être voués à devenir obsolètes, comme démodés. Cela commençait par un article sur Rue89 d’Antoine de Baecque, Sarkozy ou la panne culturelle. L’auteur y relevait qu' «une très forte baisse du soutien de l’Etat menace aujourd’hui la diffusion et l’action culturelle dans tous les domaines ». Et de continuer, « malheureusement, le malaise est plus profond qu’un simple poste de ministre de la culture » pour finir par s’interroger sur les enjeux d’une politique culturelle redistribuée aux collectivités locales. On aurait envie de lui citer le cas récent du transfert de compétence de certaines dessertes ferroviaires aux régions (TER, Corail…), sujet à bien des débats et des déceptions. Ce qui tend à mal fonctionner sur un schéma potentiellement rentable, ne peut qu’aussi mal fonctionner sur un schéma le plus souvent pas ou peu générateur de profits.

Et puis le Mardi c’est jour des Inrocks, petit rituel immuable, même si souvent l’on en attend moins qu’avant. En l’espace de quinze jours deux articles nous reviennent dans un effet de boomerang du premier article évoqué. Il y avait déjà celui sur le site des Inrocks consacré à la détérioration des colonnes de Buren (Quel avenir pour les colonnes de Buren ? du 17 Janvier 2008). Là aussi gageons que la sortie sera trouvée, les colonnes étant trop visibles, et comme le notait Antoine de Baecque, « la valorisation du patrimoine, (est une) valeur refuge traditionnelle de la droite culturelle au pouvoir ». Si l’on peut craindre pour le patrimoine, on ne peut être qu’encore plus sceptiques quant au devenir de la création. Puis dans l’édition papier, n°634 à la page 11, toujours sous la plume de Jean-Max Colard, on apprend que la firme Neubauer, a fait détruire une sculpture de Jean-Pierre Raynaud commandée en 1986 qui ornait le hall de l’immeuble du groupe. Même si pour l’artiste « ça (lui) est un peu égal » au regard de sa démarche artistique et même si l'on aurait pu en rire quelque part entre un miroir de ready-made et le récent baiser de Rindy Sam, il n’est en pas le cas, la résonance sonne plus grave. Car quelque chose laisse à penser que cela bascule, que ceux qui se battent au quotidien pour faire vivre ces deux nobles mots – Art et Culture – le savent, le dénoncent mais que le reste n’en a conscience, ne s’en soucie pas. Il ne s’agit pas d’incriminer ceux qui se débattent pour vivre au jour le jour mais plutôt ceux qui ont pouvoir décisionnel, et aussi ces leaders politiques qui ont laissé le débat culturel devenir friche, faute de participants (qu’ils soient en poste ou dans l’opposition). Alors oui il est temps de penser à des projets d’ensemble, d’essayer de garder la (maigre) cohérence précédente, et ne pas tout liquider sur un autel, quel qu’il soit. Et plus encore de garantir l’indépendance artistique et la diversité des lieux, des festivals, des organismes. Et l’on ne peut qu’encore et toujours citer ces mots d’Albert Camus « chaque génération, sans doute se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Et mon monde est fait de culture(s).

Thomas V.