Sens // Pérégrinations Culturelles...

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mercredi 30 août 2006

Laudanum - 28 Août 2006

Le premier album, Sytem:On (Monopsone, 2002), nous avait enchantés, arrivant à se frayer un chemin singulier sur la scène musicale française, tout aussi ludique que maîtrisé, avec déjà des collaborations de premier ordre (comme Aidan Moffat d'Arab Strap sur FWB). Laudanum, entité electro (pop?) de Matthieu Malon, se faisait quelque peu attendre pour son deuxième album, en dépit de l'album de remixes (Remixed, Monopsone, 2002) pour patienter...Your place & time will be mine (Monopsone, 2006) confirme tout le bien que nous pensions de Lanudanum, avec là encore de jolies collaborations. Quelques mois après la sortie de ce deuxième album, évoquons avec l'intéressé ses deux identités : Landanum mais aussi Matthieu Malon...




Quelques mois après la sortie de Your place & time will be mine, comment as-tu vécu l'accueil (plutôt bon) de celui-ci ?

Oui, plutôt bon, aucun doute. Si l’on y regarde de près, les chroniques “négatives” sont peu nombreuses. Cela dit, je constate une nette diminution des chroniques dans la presse papier, par rapport à ce qui a pu être fait pour le 1er album de laudanum. On sent vraiment que l’intérêt s’est déplacé très sensiblement des médias officiels vers les sites internet. La majorité des échos nous provient de la toile. Heureusement, certaines institutions – magic par exemple – nous ont vraiment aidés et soutenus. Côté public, pour l’instant les quelques retours que je peux avoir par mail ou lors des concerts sont vraiment très positifs.

Cet accueil pourrait-il changer quelque chose pour ton projet sous ton propre nom (ndlr: Les jours sont comptés, projet sous le nom de Matthieu Malon est disponible gratuitement sur www.matthieumalon.com suite au refus des labels de le sortir)? D'ailleurs as-tu des retours depuis la disponibilité de l’album sur ton site?

Oui j’ai eu pas mal de retours de gens qui m’écrivent pour me dire ce qu’ils pensent de ces morceaux et ça me touche d’avoir enfin un avis extérieur sur ce disque. Je pense pourtant que l’album de laudanum n’aura aucun impact sur cet album en français. Ce sont deux projets complètement différents et c’est d’ailleurs quelque chose que j’ai volontairement “cloisonné”.

Sur Your place & time will be mine, il y a toujours le principe de collaboration : cela s’est-il passé différemment du premier album ?

Oui c’était différent car pour ce disque j’ai souhaité impliquer davantage les personnes à qui je proposais ces collaborations. Ce sont globalement plus des travaux en commun que de simples featurings.

Y-a-t-il une des collaborations qui te tient particulièrement à coeur ?

Non, je crois que – chacun pour ses raisons – j’aime tous les titres de la même façon. Après, c’est sûr que certaines collaborations avec des invités étaient les premières et que ce goût de jamais vu a quelque chose de magique qui ne s’oublie pas.

Est-ce un principe inhérent au concept de Laudanum?

Pour l’instant oui, mais je pense que c’est pour un temps terminé. Pour le prochain disque, je pense revenir à quelque chose de plus intime en privilégiant un travail en solo et basé sur des samples, comme c’était plus le cas sur System:On.

N'est-ce pas trop dur de ne pas se laisser «déborder» par ce même principe de collaboration?

Non pour éviter cela, j’ai eu l’idée de retravailler un grand nombre de titres une seconde fois, après l’enregistrement des voix. Ça a permis une réinterprétation sur la base du travail des invités.

Insidieusement, Laudanum renvoie parfois au porno ( ndlr: Scene for a pornographic movie sur System:On , oh my goodness sur la compilation one night with my pornstar utilisant des voix de film x, etc): est-ce plus une coïncidence ou une certaine esthétique du porno?

Une totale coincidence !!! Aucune inspiration à voir dans tout cela. Pour le premier morceau que vous citez, je trouvais que ce titre collait bien à l’ambiance de l’instrumental et pour le second, c’est une commande du label lane auquel j’ai répondu très volontiers, plus par goût de l’expérimentation qu’autre chose.

Sur ton site (www.ilovelaudanum.com), on trouve déjà quelques remixes: verra-t-on un projet de remixes ou est-ce juste réservé au site?

Pour le premier album, mon label a commercialisé un cd de remixes. Pour le nouveau, je ne sais pas encore. J’ai demandé à 5 ou 6 artistes de faire des remixes mais j’ignore ce qu’ils deviendront in fine. De mon côté, j’aime beaucoup remixer les autres. Je réponds quasiment toujours oui aux propositions qui me sont faites. Et les remixes finissent souvent leur vie sur mon site internet. J’aime faire partager ce travail.

Comment se sont passés (ou vont se passer) les lives? Des changements par rapport à l'album?

On cherche encore la bonne formule. Ça va venir. Le live du mois de juillet au Nouveau Casino fut difficile (la chaleur, les problèmes techniques...) mais riche d’enseignements. Le principal changement par rapport au disque est le retour des guitares. En force...

Les projets à venir seront-ils plutôt Matthieu Malon ou Laudanum? Les guitares sont-elles toujours «exclues» ?

La guitare me démange... J’ai envie de tenter quelque chose d’inédit pour moi. Briser le côté schizophrénique des deux projets parallèles et travailler les deux de front. Début 2007, je pense commencer à préparer un prochain disque en français et un nouveau laudanum, plus minimal et electro.

Quelque chose à ajouter?

Je vais commencer ces jours ci à travailler sur un titre inédit qui sera aussi une nouvelle expérience pour moi, puisqu’il s’agit d’une comptine pour enfant. Je suis très content qu’on m’ait proposé ça même si je me demande un peu comment je vais pouvoir m’en sortir...

Il fait un temps de Laudanum:

Disque(s) écouté(s): En ce moment James Figurine, Poni Hoax, le nouveau Dj Shadow et Midlake

Livre(s) lu(s): Donald Westlake et le dyptique de Jonathan Coe Bienvenue Au Club / Le Cercle Fermé.

Film(s) à voir : Pas grand chose de neuf, mais Walk The Line m’a vraiment touché.

Une chose importante à réaliser: Créer. Des chansons. De l’amour. Un enfant.


Site : www.ilovelaudanum.com

Propos receuillis par Thomas Viffry
Photo : Pochette de Your place & time will be mine

dimanche 19 mars 2006

Half Asleep - L'Austrasique, Nancy - 18 Mars 2006

Le secret était levé et l’affiche était belle. Si le public fut un peu faible il se révéla attentif à un set de qualité. Depuis quelques années, Half Asleep (composé de Valérie Leclercq et parfois de sa sœur Oriane) ne cessait et ne cesse d’attirer l’attention ainsi que l’émerveillement ; des milieux d’abord indies jusqu’à un public un peu plus large aujourd’hui. Alors qu’est sorti il y a peu (We Are Now) Seated In Profile chez Unique Records (en licence libre), petit retour sur Half Asleep en compagnie de Valérie. Ou comment se rappeler que les choses les plus belles sont souvent les plus simples.




Les débuts remontent à 2002 : cela représentait quoi à la base ? Un passe-temps, un réel besoin, une recherche ?

En 2002 j’ai fini le Lycée. En fait je ne savais pas quoi faire, pas quoi choisir comme études, il y avait trop de choix possibles. Je suis restée chez moi et j’ai pris un an, j’ai fait de la musique pendant 5-6 mois. J’avais enregistré une demo 18 titres et c’est de là que tout est parti.

Comment est-ce parti ?

Cela part de matamore, j’étais tombée sur le site par hasard. Parce qu’ils parlent de petits groupes que pas grand monde ne connaît. Et j’ai investi plus ou moins la communauté. Au début j’avais écrit un mail à Didier car il cherchait des gens pour chroniquer et j’écrivais des chroniques, il m’envoyait parfois des disques. Et un moment je me suis dit mais « moi aussi je fais un peu de musique ! » Après avoir enregistré mes premiers essais je lui ai envoyé. Et il les a envoyés à d’autres personnes et ainsi de suite…Ca a bien circulé et c’est comme ça que tout a commencé.

Par rapport à la musique, as-tu une formation initiale ? Ou c’est plus autodidacte ?

J’ai suivi des cours de musique. Entre 7 et 12 ans je crois, ce n’était pas l’académie mais une méthode spéciale pour apprendre la musique aux enfants qui s’appelle la méthode Baertsoen et qui apprend la musique de manière très pragmatique, en touchant le clavier du piano, en chantant, on n’apprend pas à lire les notes ni à les écrire. On apprend à écouter, ça développe bien ton sens musical.

Pour revenir à Half Asleep, Oriane y prend quelle part ? Comment fonctionne Half Asleep ?

Half Asleep, c’est plutôt projet solo. Oriane, en fait, est surtout venue pour les lives. Là, en live cela devenait plus un duo : elle chantait de plus en plus avec moi, elle prenait de plus en plus de place aussi. Mais c’est vrai que la composition c’est souvent moi et elle m’accompagnait aux instruments. Au début, c’était surtout pour les lives, c’est bien de ne pas être seule, elle sait jouer un peu de tous les instruments, c’était super pratique.

((/images/Half Asleep 2.jpg

Et toi, un instrument de prédilection ou si tu ne devais en garder qu’un ?

Quelle horreur ! (rires) A la base c’est plutôt le piano. Mais en même temps, quand tu écoutes du folk, du rock….c’est la guitare !

Dans ta manière de composer, on a vu que tu as utilisé le sampler ce soir. C’est amené à se développer la recherche sur les machines ? Ou resteras-tu dans des canevas très folk, très pop intimiste ? Des idées ?

Là c’est une pédale loop. J’ai plutôt utilisé ça pour les concerts parce que j’ai réalisé que, souvent, quand je jouais toute seule ça manquait un peu de relief. Donc j’ai décidé d’essayer quelques trucs comme ça avec la pédale pour donner un peu plus d’ampleur. En fait c’est les deux premiers concerts où j’utilise vraiment la pédale et je pense qu’en concert je vais continuer à travailler avec. Mais pas sur album, c’est moins intéressant.

Au niveau des influences, on évoque parfois Nico…quel était ton univers musical (enfant, adolescente…) ?

Récemment j’y réfléchissais. Je me disais : qu’est-ce que j’écoutais quand j’étais petite ? J’ai un peu du mal à répondre à la question : je ne me souviens plus trop. Je pense que le premier disque que l’on écoutait c’était Celine Dion (rires) parce que ma mère avait acheté le disque D’eux et alors on écoutait ça en boucle ! Voilà c’est ça mon univers musical (rires) ! J’ai toujours hésité à le dire mais il n’y a pas de honte ! Après j’ai écouté la radio, c’était le r-n-b (re-rires) ! En fait il n’y a pas tellement de disques qui viennent de mes parents. Mon père écoutait beaucoup de musique classique. Donc la radio et puis en écoutant la radio tu découvres les premiers trucs rock - commerciaux parce que c’est la radio…des trucs genre Garbage, Tori Amos… Et puis après tu creuses…

La musique dite indépendante est venue par Matamore ou il y avait déjà quelque chose avant ?

Au lycée j’ai rencontré une fille, on était toutes les deux branchées rock et curieuses. On arrêtait pas de s’échanger des trucs. Il y a avait aussi en Belgique une revue qui s’appelait Rif-Raf, on potassait pas mal dedans et on arrêtait pas de découvrir des nouveaux trucs. Il y eu des gros trucs comme Pj Harvey, Björk ou Radiohead et puis après tu vas un peu plus loin avec Smog, Mazzy Star, Cat Power…de plus en plus loin et arrive matamore !

((/images/Half Asleep 3.jpg

Dans un proche avenir, des projets ? Ou des collaborations ?

J’ai plein de projets mais ils sont trop à l’état d’ébauche il ne vaudrait mieux pas que j’en parle. Là je pense au prochain album qui va être un peu différent je pense. Et puis peut-être quelques collaborations…

Des collaborations rêvées ?

Peut-être Bridget St John. Mais j’ai sûrement une voix trop proche d’elle, je ne sais pas…

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

Je suis dans une période où j’ai besoin d’un peu bruit. Je ressors tous les vieux Sonic Youth, Slint…

Tes impressions sur le concert de ce soir ?

Génial ! J’étais super nerveuse et le public écoutait attentivement.... Pendant le concert je n’ai pas fait tellement de fautes…C’est rare que je sois contente mais là c’était vraiment bien !

Propos receuillis par Thomas Viffry

Photos par Thomas Viffry